
Il y a des fautes que le repentir efface mais il y a des droits qui restent.
Le Haqq c’est tout ce qui appartient à quelqu’un d’autre, son image, son honneur, son droit, son argent.
« Et ne dévorez pas vos biens entre vous injustement… »
(Sourate Al-Baqara, 2:188)
On peut pleurer, regretter, demander pardon à Allah avec sincérité mais tout ce qui a touché un autre être humain ne s’efface pas si facilement. Car il ne s’agit plus seulement d’un péché entre toi et Allah.
Même ce que les gens ont oublié. Même ce que tu as minimisé. Même ce que tu as tenté de justifier. Le danger, c’est de penser que le repentir suffit dans tous les cas. De croire qu’un regret sincère efface ce que l’autre a subi.
« Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit, et quand vous jugez entre des gens, de juger avec équité. »
(Sourate An-Nisâ’, 4:58)
Il s’agit d’un haqq — un droit. Et le haqq ne disparaît pas avec le temps. Il ne s’efface pas parce qu’on l’oublie. Il ne se dissout pas dans de bonnes actions accumulées. Il reste, suspendu, jusqu’à ce qu’il soit réparé… ou réclamé.
Chaque injustice est une dette. Chaque parole blessante, chaque trahison, chaque humiliation, chaque bien pris injustement — tout cela laisse une trace.
« Et ne pense pas qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. »
(Sourate Ibrâhîm, 14:42)
Mais Allah est Juste. Et Sa justice inclut ceux que tu as lésés. Demander pardon à Allah est indispensable. Mais réparer auprès de la créature l’est tout autant. Le repentir complet ne consiste pas seulement à regretter.
Il consiste aussi à rendre. Rendre un bien pris. Rétablir une vérité déformée. Demander pardon à celui qu’on a blessé — même si cela est difficile, même si l’ego résiste. Car ce que tu refuses de réparer ici, sera réglé ailleurs.
D’après Abou Dhar Al Ghifari (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Allah a dit : Ô Mes serviteurs ! Je Me suis certes interdit l’injustice à Moi-même et Je l’ai rendue interdite entre-vous. Vous ne devez donc pas faire preuve d’injustice. »
Les gens de science ont divergé sur le fait de demander pardon à celui dont on a médit. Un groupe d’entre eux l’a rendu obligatoire. D’autres ont estimé qu’il suffisait de demander pardon (à Allah) pour lui, sans avoir à lui demander pardon directement. D’autres encore ont fait la distinction entre celui qui a eu connaissance de la médisance et celui qui ne l’a pas sue. Ils ont rendu obligatoire de demander pardon au premier, mais pas au second. Et Allah sait mieux.
Et ce jour-là, il n’y aura ni argent, ni excuses, ni oubli. Il n’y aura que des comptes. Tes bonnes actions pourront être prises pour compenser une injustice. Et si elles ne suffisent pas, tu porteras ce que l’autre avait sur lui. Le haqq est lourd. Parce qu’il engage une responsabilité que l’on ne peut pas fuir.
Le prophète Mohammed ( ) a dit « Quiconque a commis une injustice envers son frère concernant son honneur ou autre chose, qu’il s’en acquitte auprès de lui aujourd’hui, avant qu’il n’y ait plus ni dinar ni dirham. S’il a de bonnes œuvres, il lui en sera pris à hauteur de son injustice, et s’il n’a pas de bonnes œuvres, il sera pris des péchés de son compagnon [la victime] et ils seront placés sur lui. » Rapporté par Al-Boukhari.
Beaucoup avancent dans leur pratique, multiplient les actes, cherchent à s’élever… tout en laissant derrière eux des cœurs blessés, des injustices non réparées, des droits ignorés. Comme si l’adoration pouvait compenser l’injustice. Comme si Allah acceptait ce que les gens portent encore.
« Méfie-toi de l’invocation de l’opprimé, car il n’y a pas de voile entre elle et Allah. »
(Al-Boukhari et Mouslim)
Mais on ne se rapproche pas d’Allah en écrasant Ses créatures. On ne s’élève pas en laissant derrière soi des dettes morales. Parfois, réparer demandera du courage. Revenir vers quelqu’un. Reconnaître une faute sans se défendre. Accepter d’être vu imparfait. Ou même réparer sans être reconnu, sans être pardonné.
D’après Abou Houreira (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Savez-vous qui est la personne en faillite ? ».
Ils ont dit : La personne en faillite est celle qui n’a ni argent ni biens.
Le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Certes la personne de ma communauté qui est en faillite est celle qui viendra le jour de la résurrection avec la prière, le jeûne et la zakat mais il aura insulté untel, aura accusé à tort untel, aura mangé les biens d’untel, aura fait couler le sang d’untel et aura frappé untel.
Alors on donnera ses bonnes actions à celui-là et à celui-là (1) et si ses bonnes actions sont épuisées avant d’avoir réglé tout ce qui est contre lui, il sera pris de leurs péchés (2) qui seront mis sur lui et il sera jeté dans le feu ».
(Rapporté par Mouslim dans son Sahih n°2581)
Et parfois, réparer ne sera plus possible. Alors il restera les invocations, les œuvres faites en leur faveur, et surtout une sincérité profonde dans le regret. Le haqq nous rappelle une chose essentielle :
La foi n’est pas seulement verticale, entre toi et Allah. Elle est aussi horizontale, entre toi et les autres.
Et Allah sait mieux