Ramadan & gaspillage

Le problème de beaucoup de musulmans est de ne tirer du Ramadan qu’un simple remplissage du ventre, là où ce mois béni devrait avant tout nourrir le cœur. Le principe même du jeûne est d’explorer la piété à travers la privation de ce à quoi nous nous attachons parfois au point de le croire indispensable à nos vies. À quoi bon endurer la faim au matin si c’est pour s’étouffer le soir avec bien plus que ce qui est nécessaire ? En réalité, le jeûne du ventre n’est que secondaire : le jeûne véritable est celui de l’âme face à ses désirs, ses passions, et à tout ce à quoi elle pourrait accorder plus d’importance qu’à Allah.

Allah nous avertit pourtant clairement :

« Mangez et buvez, mais ne gaspillez point, car Allah n’aime pas les gaspilleurs. » (Coran, 7:31)

Gaspiller pendant le Ramadan, ce n’est pas seulement un excès matériel ; c’est aussi un manquement spirituel. C’est oublier que chaque bouchée est une subsistance accordée par Allah, que chaque bien est une amana (dépôt) dont nous aurons à rendre compte. Comment prétendre purifier nos âmes si nous ne savons pas maîtriser nos appétits au moment même où ils devraient être les plus disciplinés ?

Le Ramadan est une école de maîtrise de soi. Il nous apprend à dire non : non à l’excès, non à la surconsommation, non à l’illusion selon laquelle l’abondance sur la table serait un signe de réussite ou de piété. Le Prophète ﷺ vivait la simplicité, même lorsqu’il en avait les moyens, et rappelait que l’homme ne remplit pas de récipient plus néfaste que son ventre.

« Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l’étend pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné. » sourate 17 verset 29.

Le gaspillage durant le Ramadan est ainsi l’un des paradoxes les plus flagrants de notre époque. Tables surchargées, plats multipliés, portions démesurées, nourriture jetée avant même d’avoir été consommée. Tout cela dans un mois censé nous rappeler la sobriété, la gratitude et la compassion envers ceux qui manquent du nécessaire. Allah, exalté soit-Il, loue, chez Ses serviteurs pieux, la vertu de l’économie, parlant d’eux.

Il dit : « ceux qui, dans leurs dépenses, tiennent un juste milieu, de façon à n’être ni avares ni prodigues. (Coran : 25/67) »

Revenir à l’essence du Ramadan, c’est apprendre à rompre le jeûne avec reconnaissance plutôt qu’avidité, avec modération plutôt qu’empressement. C’est préférer la qualité à la quantité, la présence du cœur à la lourdeur du corps. Car un corps alourdi par l’excès peine à prier, à invoquer, à veiller, tandis qu’un cœur léger s’élève plus facilement vers Allah.

« Et ne gaspille pas indûment, car les gaspilleurs sont les frères des diables. »  sourate 17, verset 26/27.

En définitive, lutter contre le gaspillage pendant le Ramadan, c’est prolonger le sens du jeûne au-delà de la simple abstinence alimentaire. C’est transformer chaque iftar en un acte de conscience, chaque repas en un rappel, et chaque privation en un pas de plus vers la sincérité et la piété véritables. Et Allah sait mieux.