Le mal être

Parfois, le mal-être devient une prière.
Une prière sans mots, faite de larmes, de soupirs et de silence. Il n’est pas un signe d’éloignement.
Il est souvent ce lieu secret où la foi se purifie, se dépouille de tout ce qui n’est pas sincère.
Quand tout s’effondre, quand tu ne comprends plus pourquoi tu souffres, c’est souvent là qu’Allah te rapproche.
Pas par les sourires, pas par les succès mais par les fissures, celles qui laissent passer la lumière.

Il y a des jours où le cœur s’éteint doucement, sans bruit. Où l’on prie sans sentir, où l’on respire sans vivre. Mais même là, Allah voit.

L’on aurait jamais su dire qu’on est malheureux si on avait pas eu à connaître la sensation d’être heureux un jour. Il est donc presque ingrat d’affirmer que rien n’est jamais allé comme il fallait dans nos vies. Si Allah t’incite à persévérer dans une attente, la formuler en dou’a, c’est pour une raison. Ne t’attends pas nécessairement à l’accomplissement immédiat, il se peut que tu sois sur une mauvaise voie et le simple fait de s’en rendre compte est aussi une sorte de miséricorde.

« – Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté. » Sourate 93 verset 3.

Rester debout dans la douleur, c’est une forme d’adoration. C’est prouver que ton amour pour Allah ne dépend pas du calme de ta vie. La douleur ne t’a pas éloignée d’Allah. Elle t’a ramenée à ton besoin de Lui. Et ce besoin, c’est déjà sa miséricorde.

« En vérité, ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah”, puis qui restent fermes, les anges descendent sur eux : “Ne craignez rien et ne soyez point affligés ; mais recevez la bonne annonce du Paradis qui vous a été promis.” »
(Sourate Fussilat, 41:30)

La miséricorde d’Allah n’attend pas que tu sois forte pour te rejoindre.
Elle descend justement quand tu n’en peux plus.
Quand tes bras sont trop lourds pour se lever, quand ton âme ploie sous le poids de tout ce qu’elle n’a pas dit.
C’est là qu’Il t’enveloppe, doucement, inversement.
Tu ne le sens pas toujours, mais c’est lui qui te retient à chaque fois que tu t’apprêtes à lâcher.

« En vérité, avec la difficulté est certes une facilité. »
(Sourate Ash-Sharh, 94:6)

Ce n’est pas l’absence de foi qui fait mal. C’est la foi qui tient encore quand tout, en toi, veut s’effondrer. Même brisé, ton cœur continue de l’appeler. Alors même si ton cœur pleure encore, ne crois jamais que ton mal-être est un éloignement.
C’est parfois un rappel, une invitation à revenir plus vrai, plus simple, plus toi.

« Aucun mal n’atteint le croyant, qu’il s’agisse d’une fatigue, d’une maladie, d’une angoisse, d’une peine, d’une affliction ou même d’une épine qui le pique, sans qu’Allah n’expie par cela une partie de ses fautes. »
(Al-Boukhari et Mouslim)

La présence d’Allah se fera sentir parce qu’elle n’a jamais quitté ton cœur.
Elle t’attendait simplement là, dans le silence,
pendant que tu te battais pour rester debout.

Un jour, tu comprendras que cette douleur t’a appris la plus belle chose :
s’accrocher à Lui sans condition, sans raison, juste par amour.
Et tu verras que c’est dans les moments les plus sombres que la miséricorde a été la plus proche.

« Et c’est Lui qui, dans la détresse, exauce celui qui L’invoque, qui dissipe le mal et fait de vous les successeurs sur la terre. »
(Sourate An-Naml, 27:62)

Ainsi tu peux être fatiguée, perdue, abîmée — mais tant que ton cœur murmure encore “Ya Rabb”, tu n’as pas échoué.
Tu es simplement en train d’apprendre à t’accrocher à la miséricorde dans la douleur.

Et Allah sait mieux.